Avis des élus du CSE DIAC sur la phase 1 du projet de déménagement XWork
Les élus du CSE DIAC sont réunis ce jour, 27 mars 2025, afin de rendre un avis sur la phase 1 du projet de déménagement XWork.
Pour rappel, conformément aux dispositions négociées à l’occasion de l’accord de méthode signé en décembre 2023, les élus du CSE sont appelés en phase 1 à se prononcer sur les aspects économiques du projet mais aussi sur ses incidences en matière RPS (Risques Psycho-sociaux). Concernant cette seconde dimension, le choix a été fait de passer par un questionnaire adressé à l’ensemble des salariés concernés par ce projet afin de recueillir leur ressenti quant à la perspective de sa mise en oeuvre.
En préambule, il apparaît également important de rappeler que le projet XWork a connu de profondes évolutions entre le début du parcours social, lancé en juillet 2023, et la version aujourd’hui soumise à l’avis des élus.
En particulier alors que le projet initial portait sur un déménagement des sites LPN, UZES et le Plessis-Robinson vers le site XWork basé à Boulogne, la nouvelle mouture du projet, présentée en décembre 2024, porte désormais essentiellement sur le site de la Rue d’Uzès.
Avec cette évolution, le périmètre des effectifs concernés par ce projet a été réduit de 60%. L’augmentation des temps de trajet moyens ainsi que les coûts prévisionnels d'accompagnement ont également été sensiblement revus à la baisse. Pour autant les impacts prévisionnels demeurent non négligeables.
Concernant la dimension économique du projet, il apparaît important de rappeler que le projet XWork, même dans sa version initiale, n’a jamais été présenté comme un projet dont la finalité était de réaliser des économies durables de coûts pour l’entreprise ou de quelconques gains.
Les informations transmises par la direction ainsi que les travaux conduits par l’expert désigné par le CSE sur ce projet confirment ce constat.
• Si la situation a notablement évolué entre la version initiale du projet et la version actuelle, le projet demeure sensiblement déséquilibré avec en particulier l’anticipation d’un montant conséquent de coûts exceptionnels (25 M€) que les économies attendues sur les loyers (environ 1,5 M€ par an environ) mettront de nombreuses années à amortir (plus de 17 ans).
• Les élus relèvent par ailleurs qu’à ce stade les économies attendues sur les loyers demeurent hypothétiques dans la mesure où les entités du Groupe Renault appelées à sous-louer les espaces qui ne seront pas occupées par MFS restent à ce jour non identifiées. Il existe donc une réelle incertitude sur ce plan.
• Les arguments mobilisés par la direction pour justifier le maintien de cette partie du projet : d’une part la relative « saturation » du site actuel d’Uzès et d’autre part l'augmentation à venir des loyers ne sauraient justifier à eux seuls la conduite d’un projet d’une telle ampleur.
• Les élus rappelant à ce titre que concernant le premier de ces deux arguments, des solutions d’adaptation existent, à l’image par exemple de la modulation permise par un recours accru au télétravail, solution qui présente l’avantage de préserver l'équilibre vie professionnelle et personnel des salariés concernés tout en restant économique et écologique pour l’entreprise.
• Dès lors, le principal argument mobilisé pour le maintien de ce projet relève pour l’essentiel de la « symbolique ». Le déménagement des salariés de la Rue d’Uzès venant surtout crédibiliser la stratégie retenue par le constructeur.
• Cependant cette posture contraste assez nettement avec le discours tenu par ailleurs par la direction de l’entreprise qui insiste régulièrement sur la nécessité de réaliser des économies de coûts en vue de redresser les résultats de MFS France. Le projet XWork s’insère va à l’encontre de ce discours.
• Il est par ailleurs regrettable que les salariés de la Rue d’Uzès soient dans une certaine mesure « utilisés » en vue de crédibiliser la stratégie Groupe et ce malgré une adhésion pour le moins « limitée » au projet.
Concernant justement la dimension sociale du projet, les élus notent en premier lieu que le taux de participation observé sur l’enquête réalisée (73%) est révélateur d’un véritable besoin d’expression des salariés. Des tendances claires se dégagent par ailleurs des réponses recueillies :
• Une large majorité des répondants s’affirment insuffisamment informés sur le projet ;
• Dans un grand nombre de cas, cette insuffisance d’information semble alimenter un phénomène d’appréhension vis-à-vis du projet (55% des répondants).
• L’augmentation du temps de trajet (22 minutes en moyenne) nourrit par ailleurs un sentiment de défiance vis-à-vis du projet, 55% des répondants se déclarant notamment insatisfait de la localisation du futur site.
Or ces appréciations négatives pourraient ne pas rester sans conséquence sur le devenir des salariés.
• Une part importante des répondants (37%) envisage de changer de mode de transport ;
• Une minorité non négligeable 15% (une cinquantaine de personnes), réfléchit à un déménagement personnel.
• Enfin, plus inquiétant, 40% des répondants (120 personnes environ), s’interrogent sur les suites à donner à leur carrière dans l’entreprise.
Ces réponses interpellent, et dans une certaine mesure, elles devraient alerter la direction sur le risque de voir plusieurs salariés quitter l’entreprise dans un avenir proche et sur la désorganisation qui en découlerait.
Au regard de ces constats, plusieurs pistes d’amélioration gagneraient à être explorées.
• La communication autour du projet ressort comme clairement insuffisante et le ressenti d’appréhension émis par de nombreux salariés pourrait certainement être atténué si un effort particulier était conduit en la matière.
• L’hypothèse de non-départ retenue par la direction, associée à des arguments purement réglementaires, semble clairement remise en cause. L’enveloppe dédiée aux coûts d’accompagnement RH associé au projet a été sensiblement revue à la baisse, notamment pour tenir compte de l’évolution du périmètre projet. En toute logique, les résultats du sondage devraient inviter la direction à réviser sa position.
• Une cinquantaine de salariés a fait part de sa réflexion quant à un potentiel déménagement personnel, cette dimension gagnerait également à être couverte par les mesures qui seront mises en oeuvre.
• Enfin, une proportion non négligeable des salariés interrogés s’affirme prête à changer de mode de transport, s’orientant notamment vers l’usage d’un véhicule personnel motorisé. Cette dimension gagnerait également à être prise en compte.
De manière générale, au regard de la proportion importante des salariés qui s’interrogent quant à leur avenir dans l’entreprise, la direction se doit de réfléchir à la mise en oeuvre de mesures qui seraient de nature à atténuer les nombreux désagréments découlant de ce projet.
La négociation qui doit prochainement s’ouvrir sur le sujet des mesures d’accompagnement devra répondre à ces enjeux.
Non seulement, ce projet ne respecte aucun précepte de bonne gestion, va à l’encontre d’une politique de mobilité douce ; mais en plus, il inquiète les salariés concernés et engendre des impacts sur leurs conditions de travail et notamment des RPS. Il y a une insuffisance dans la prise en compte de la prévention de la santé mentale au travail. Il y a une incohérence entre les messages, véhiculés par le Groupe, de productivité et d’économie à faire.
Notre analyse démontre que ce projet n’est viable ni économiquement ni socialement pour la DIAC. Les élus du CSE ne peuvent pas soutenir ce projet dans sa forme actuelle. Nous appelons donc la direction à reconsidérer ce projet, à prendre en compte les préoccupations des salariés et à envisager des alternatives plus adaptées pour garantir à la fois la viabilité économique et le bien-être et la santé des équipes concernées.
Cette déclaration vaut avis négatif du CSE.